Le sport automobile, la mort et son attrait

Les gens sont souvent cyniques, quand je leur dit que je suis fan de sport automobile. En fait, moi-même, je suis cynique. J’ai dû regarder au maximum cinq course de F1 toute l’année, et je me suis endormi avant la fin de quatre d’entre elles.

Les gens sont cyniques, ou simplement inintéréssés parce que « ça n’est pas un vrai sport », « la voiture fait tout le travail », et « il n’y pas d’action ». J’aimerais bien étayer mes arguments pour faire face à ces trois critiques. Une autre fois.

En dépit de ces critiques, il y a quelque chose qui fait en sorte que j’y retourne. Moi, et des millions d’autres gens, autrement en parfaite santé mentale, pour la plupart.

Une partie de l’intérêt, je crois, est l’attrait du danger.

Et quand on y pense vraiment – surtout quand la mort de Dan Wheldon vient de se produire – ça ne peut être sain d’encourager une pratique comme ça. C’est presque pervers, d’aller voir des gens défier la mort pour se divertir.

Il y a toujours eu des gens qui voulaient l’abolition du sport automobile. Les arguements ne manquent pas. Bon sang, la Suisse l’a interdit!

Pourtant, on n’y arrivera pas. Jamais. Le sport automobile, aussi décadent soit-il, reste le reflet d’un certain aspect de la nature humaine. Et on trouvera toujours des gens assez fous – comme moi (à une petite échelle, j’en conviens) – pour garder ce sport en vie. Même s’il mène, dans de tristes jours comme aujourd’hui, à la mort de ses participants.

Il y a très, très peu de bon films de sport moteurs. Grand Prix, de John Frankenheimer, est l’un de ces rares films. Et en plein sur l’affiche, on annonce les couleurs du film. « All the glamour and greatness of the World’s most exciting drama of speed and spectacle! ». Une référence à peine voilée au danger. Pas difficile, une fois rendu là, de penser à la mort.

L’action du film se déroule au milieu des années 60, une époque romantique pour la Formule Un. Mais aussi une des époques les plus meurtrières. Allez faire un tour sur Wikipédia. Il fut un temps où des pilotes mourraient à chaque année. Des pilotes. Sans parler des spectateurs. Pourtant, de jeunes hommes, passionnés par cette activité, sans doute un peu fous – et inconscients, que ce soit de façon volontaire ou non – continuaient à faire fi des dangers intrinsèques auxquels ils faisaient face à chaque course. Et font toujours face aujourd’hui. La mort de Dan Wheldon en est un sinistre rappel.

En regardant aujourd’hui ce qui se passait dans les années 60, il est facile de dire que ça faisait partie de l’époque. De la même façon que les gens fumaient tous, même dans les avions. Le danger avait beau être là, certains avaient beau faire des mises en garde, on continuait de faire comme on voulait bien. Soit.

Mais malgré toutes les avancées technologiques, malgré la « stérilisation » du sport automobile, aujourd’hui, Dan Wheldon n’est plus parmi nous.

Le corps humain n’est tout simplement pas fait pour ce genre d’activité. Peut-être que c’est un peu ça aussi, l’attrait. S’il l’était, nous aurions une boîte cranienne épaisse de six pouces, ou une colonne vertébrale en titane, ou encore deux coeurs.

D’un certain point de vue, le sport peut être synonyme de dépassement. Pas au dépassement sur une piste de course, nécessairement, mais au dépassement de soi – ou des autres. Plus souvent qu’autrement, ce dépassement s’exprime par quelque chose « qu’on n’a jamais vu avant ». Quelque chose qui n’est pas ordinaire, mais donc « extra-ordinaire ». Défier la mort, c’est extraordinaire.

Cependant, comme l’a dit Sherlock Holmes, people die : it’s what they do.

Simon Cremer sait qu’il n’a pas fini de regarder des voitures tourner en rond.

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