Ce qui cloche avec la Formule Un

Toute la fin de semaine, j’ai voulu écrire un billet sur la Formule Un.

D’un côté, je me dis que c’est un sujet dont on parlera sans doute rarement, au Support athlétique. L’aborder pour intéresser les lecteurs était un exercice qui me motivait. Et puis d’un autre côté, j’ai toujours eu un intérêt pour la F1. J’ai grandi en me levant tôt, le dimanche matin, pour voir Jacques Villeneuve, Michael Schumacher et Mika Hakkinen.

Je voulais écrire un billet défendant la nature sportive de la F1, parce que c’est quelque chose que peu de gens font, je crois. À mon avis, c’est bien dommage. Parce que le sport automobile peut  donner un spectacle sans égal, et mérite d’être défendu dans sa sportitude.

Et pourtant…

Je n’y arrivais pas.

J’ai recommencé trois fois. Rien, je ne pouvais pas contourner les problèmes de la F1 d’aujourd’hui pour arriver à des arguments convaincants.

Regardons le GP de Belgique, dimanche matin, pour inspiration. Après tout, c’est l’un des plus beaux circuits, l’un des plus difficiles, l’un des plus rapides. Il pleut souvent, il y a des surprises à tout coup.

Mais non.

Le tout a très bien commencé, avec Nico Rosberg qui sortait essentiellement de nulle part pour prendre la tête à Sebastian Vettel, ce pilote quasi-intouchable avec une des voitures les plus dominantes des cinq ou six dernières années. Des dépassements à gauche et à droite. La course se transformait en argument par elle-même!

Et puis, Vettel est revenu. Il a repris la tête, et s’est enfui devant. Le reste, on s’en fiche un peu, puisqu’en regardant le classement au championnat (la seule chose qui compte vraiment, en F1), l’affaire est ketchup, comme on dit.

Au coeur de toute manifestation sportive, que ce soit la Coupe du monde, la finale de la coupe Stanley ou un match d’air hockey dans votre sous-sol, c’est la tension entres les parties en présence qui fait l’intérêt. Cette idée qu’à tout moment, l’un ou l’autre des adversaires pourrait arriver à tirer son épingle du jeu, et aurait sa chance de s’imposer.

En Formule Un, cette tension existe, oui, mais elle est artificielle. Elle est maintenue par un règlement technique tellement complexe qu’on ne sait plus ce qui est causé par le brio du pilote, et ce qui résulte d’un des bidules ajoutés pour donner du spectacle.

Il y en a eu, des dépassements, dimanche. Mais à chaque fois, c’est parce que les pilotes pouvaient utiliser le push-to-pass et l’aileron mobile. Au tour suivant, c’est le dépassé qui se reprendra, tout simplement.

La télévision

L’autre chose qui n’aide en rien la cause de la F1, c’est la couverture dans les médias. Je parle ici de la façon que le sport est présenté à la télévision.

Pour avoir fait un peu de description au hockey, et pour avoir regardé une quantité industrielle de manifestations sportives à la télévision, je pense qu’il faut qu’une couverture télé a deux missions.

La première, c’est de dire aux spectateurs ce qui se passe devant eux. Élémentaire, direz-vous. Oui, au hockey, par exemple, c’est plutôt simple. Pas nécessairement facile, mais simple. On voit qui a la rondelle, on voit le gardien qui multiplie les arrêts. On voit l’équipe qui impose son rythme.

En Formule Un, on dirait que c’est pratiquement impossible de savoir ce qui se passe. Premièrement, il peut y avoir de l’action à trois endroits distincts, en même temps. Et deuxièmement, la moitié du temps, cette action est sans conséquence, parce qu’un pilote est sur les bons pneus, et doit encore faire un arrêt. Sa manoeuvre a beau être spectaculaire, mais si il doit céder sa place quelques tours plus tard, à quoi bon s’y attarder? Écoutez un Grand Prix, pour voir. Peu importe à quel poste. Je peux vous garantir que les commentateurs vont s’éterniser sur un dépassement qui, au final, n’aura rien changé à la course.

La deuxième mission d’une couverture télé, c’est d’ajouter de la couleur, du piment. Rendre le spectacle encore plus intéressant.

Entendre Pierre Houde, Martin McGuire ou un autre hurler après un but, pour moi, transforme l’agrément d’un match de hockey. Le commentaire ajoute une impression de voir un événement historique. Exemple : Alexandre Burrows qui bat Corey Crawford en prolongation, le printemps dernier.

Comment ne pas, primo : avoir l’impression de voir un but historique et deuxio :  sentir le soulagement des Canucks, avec le commentaire de Jim Hughson?

C’est la même chose dans n’importe quel autre sport. Basket. Football. Aux Jeux olympiques, avec Mark Kelly qui fait péter les niveaux quand Usain Bolt passe à la vitesse-lumière.

Tous? Non. Pas en Formule Un. En Formule Un, les Pierre Houde et Martin Brundle vont s’exciter, oui, mais c’est comme si leur timing faisait défaut.

Dans les sports en bonne santé, c’est facile pour les commentateurs de s’exciter du spectacle sous leurs yeux. Force est de constater que la Formule Un n’est pas parmi ces sports. Selon moi, les journalistes qui la couvrent pourraient faire un meilleur travail, mais je crois aussi que le sport comme tel est malade. Je résiterai à la tentation d’allonger encore cette chronique pour faire état de mon opinion là-dessus.

L’autre chose, c’est le bassin de pilotes qui n’est pas brillant. On revient un peu au problème du tennis féminin, que Rendall a abordé il y a quelques temps. Lorsque tout le monde est à peu près du même niveau, c’est comme une porte battante : les prétendants se suivent et ne se ressemblent pas, et les gens ne savent pas pour qui prendre.

Il faudrait le retour d’un dynastie, d’un pilote qui s’impose (comme Vettel), et d’un vrai aspirant, quelqu’un qui peut menacer l’ordre établi de façon régulière (comme quand Hakkinen gagnait, et que Schumacher le suivait de près derrière). Là, on aura un sport en meilleure santé. Et ça sera plus plaisant de regarder les courses à la télévision.

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